Ce blog est né avec l’intention d’être un espace dans lequel les entités sociales et les professionnels de l’insertion professionnelle puissent partager leurs expériences, accéder à des ressources utiles pour l’exercice de leur activités et établir un dialogue qui permet la conception conjointe de solutions visant à réduire l’injustice sociale par l’accès à un emploi digne par les personnes en situation d’exclusion sociale. Il est dynamisé par le réseau d’entités sociales du Programme Incorporer de « la Caixa » (www.incorpora.org).


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mardi 27 mai 2014

La vie après la prison

Comment réintégrer la société après un séjour en prison? 

Reportage sur ces détenus qui se battent pour qu'on oublie leur casier judiciaire. Certains ont la chance d'être soutenus par des associations, comme l'association Relais-Prison-Société ou par l'Etat grâce à la fondation Mohamed VI pour la réinsertion des détenus. D'autres essaient de s'en sortir seuls comme Mohamed Saïd qui a appris à lire et à écrire en prison. D'analphabète, il est devenu poète et a édité un recueil.


Un parcours hors du commun. 



Pour revoir ce reportage diffusé dans l'émission du mardi 13 mai, suivez ce lien :

MEDI 1 TV - Emissions : Medi Investigation - Maroc: La vie après la prison www.medi1tv.com


Pour une cellule d’accueil et d’orientation des ex-détenu

On dit qu’une peine de prison implique la privation de liberté, mais en réalité dans le monde de la personne elle va au-delà de la privation de liberté ; la coupure entre un avant stable, rassurant mais oppressant et un après déstructuré mais ouvert, ne semble pas valide. Etre marginal c’est être à la marge de ce qui fait une société, à savoir ses lois, ses marges, ses coutumes, ses manières d’être. Il faut noter qu‘une personne qui sort d’une prison ne jouit pas d’un statut spécifique faisant d’elle un public cible particulier ; à part le fait de les inscrire dans le cadre des personnes vulnérables, aucune solution pour subvenir à ses besoins. De ce fait, elle s’inscrit automatiquement dans la catégorie des personnes exclues. Fragilisée, voire marginalisée, demandeuse d’emploi difficile à placer, elle fait partie du public visé par l’insertion socioprofessionnelle.

C’est dans cette perspective que notre association Relais : prison-société a mis à la disposition de cette population trois ateliers de formation sur la réparation du matériel électroménager, la réparation du matériel informatique, et au métier d’agent de sécurité. L’accompagnent social et le renforcement des capacités à travers les focus groupe ou les entretiens individuels pour multiplier les chances d’intégration à travers l’emploi, ne semblent pas trop intéresser les bénéficiaires. Beaucoup des inscris aux ateliers de formation ou des focus groupe s’absentent ou délaissent la formation. La mise en place des ateliers de formation (qualifiante ou non) connait de nombreux obstacles. Les représentations des formations renvoient à l’école, à la scolarité qui est pour la plupart d’entre eux vouée à l’échec. Selon l’expérience de l’association, tant à travers ses activités au sein de la prison qu’à travers l’accueil des ex-détenus, la population détenue est gravement sous scolarisée. Il va de soi que l’enseignement n’est pas leur souhait. 

Ces derniers réclament un soutien financier ou un emploi rémunéré dès les premiers entretiens.

La gestion du temps et de l’espace, instruments pour l’institutionnalisation d’un espace d’appartenance légitime, est un souci majeur pour l’ex-détenu. Si aujourd’hui fréquenter le quartier peut être vécu comme un moyen d’entretenir le sentiment de son utilité, ainsi qu’une estime de soi remise en cause par la cessation de toute activité professionnelle et la destruction des repères habituels du temps et de l’espace, elle le place aussi devant une contradiction. En effet, son absence marque une distance vis-à-vis de ses amis du quartier, de sa famille, de son espace habituel, au point qu’avant, il ne fréquentait personne et aujourd’hui, il est à la recherche de la vie communautaire qui se passe devant lui comme un mode de vie supérieur parce que c’est communautaire. 

Cette nouvelle attitude vis-à-vis du nouveau mode de vie dans cet espace semble se révéler une caractéristique essentielle de sa vie. Tout se passe comme si les dispositions individuelles, que ce dernier a longtemps cultivé dans son égarement en marge de sa communauté, l’avaient conduit à faire sien un mode de vie caractérisé par une grande distribution des rôles, à chacun sa place dans l’espace social. La durée de son emprisonnement pour la rééducation et la correction n’est déterminée ni dans le temps ni dans l’espace ; elle se poursuit après la libération. Une deuxième chance, n’est qu’un rêve tant souhaité et par lui et par les siens, pendant sa véritable épreuve dans l’isolement. Regard méfiant de la communauté, blocage juridique qui ne lui permet pas d’avoir la réhabilitation. Fiche anthropométrique toujours salie par ce passé. Véritable handicap vers un emploi Digne et stable.

N’ayant bénéficié d’aucun soutien pour le motiver à ce projeter dans l’avenir avec un projet de vie pour sa sortie ; libéré sans aucun plan de réinsertion sociale ou professionnelle et aucun accompagnement psychologique, l’ex-détenu est livré à lui-même, à sa volonté personnelle qui se heurte à de sérieux problèmes et à de vrais obstacles liés à cette volonté personnelle trop fragilisée par un parcours de vie tellement perturbé pour que la personne devienne forte et déterminée.

Il y a d’abord, le besoin d’un budget quotidien, ne serait ce que pour le déplacement de l’ex-détenu vers les focus groupe ou vers les ateliers de formation ou pour la recherche du travail, dans le cas où il est pris en charge par la famille. Le cas échéant, il doit nourrir sa famille, ses enfants … Il est redevable envers les siens de l’avoir pris en charge pendant son emprisonnement.

Mais, son faible niveau de qualification, son expérience professionnelle réduite, le vécu d’exclusion et la saturation du marché du travail, laissent peu de chance devant l’obtention d’un emploi dès la sortie de prison. Les pistes possibles sont l’orientation vers des stages de détermination des performations ou des formations.

Il y a urgence d’une cellule d’accueil d’orientation et de conseil dans les communes, au sein des associations de quartiers et dans les communes, adoptant une démarche socio-pédagogique qui consiste à amener les ex-détenus à entrevoir des alternatives non classiques, d’avantage motivantes, dans la mesure où les formation se font dans l’action, au sein des entreprises, rémunérés, ou dans des activités génératrices de revenues individuelles. Ainsi, le bénéficiaire baigne dans la communauté sans faire attention au regard de l’autre. Il est jugé avec des critères d’apprentissage et de savoir au quotidien et non d’après ses antécédents.


               Par Mme Fatna El Bouih.

lundi 18 juin 2012

Enjeux majeurs du processus de réinsertion. Le processus de réinsertion des ex détenus démarre en prison. (Auteur: Association Relais)

L’institution qui a en charge l’exécution des peines au Maroc porte le nom de la « « Direction de l'Administration pénitentiaire et de la réinsertion ». Il est important de  souligner, en premier lieu,  l’amalgame que suscite cette appellation, puisque cette « Direction » se  charge en réalité de la préparation à la réinsertion, et non de la réinsertion elle-même ; en effet, sa mission s’arrête aux portes des prisons et la véritable tâche de la réinsertion requière des structures d’accueil de détenus sortants et de leur accompagnement dans le projet de réconciliation avec leur environnement social. Ceci dit,  il reste néanmoins vrai que la réinsertion perçue comme une politique de resocialisation fait son premier pas en prison par la modernisation et l’humanisation du système carcéral, passe par le renforcement de la prévention en milieu carcéral, le déploiement d’actions et de dispositifs de préparation à la sortie, et se relaye par un travail post carcéral basé sur la facilitation de l’insertion dans la vie sociale et la mise en place de structures/relais orientés vers l’insertion.

En principe, dans cette phase préliminaire (en amont du processus de la réinsertion), l’Administration pénitentiaire devrait  mettre davantage l'emphase sur les considérations de traitement plutôt que sur la sécurité et le contrôle social ; malheureusement, la traditionnelle fonction sécuritaire de la prison, qui fait appel à sa plus grande étanchéité, reste toujours de mise.

La conséquence majeure de cet amalgame entretenu et de ce double langage, est que la grande majorité des surveillants/éducateurs subissent le poids de l’écart entre les attentes affichées dans les rôles prescrits, d’un coté, et les tâches requises par les rôles tenus réellement. La présence simultanée d’ambiguïté et de conflit de rôles reflète un problème d’orientation de l’organisation quant à ses objectifs fondamentaux. Ils doivent participer à l’éducation des détenus, mais ils sont souvent confinés aux tâches de sécurité dans lesquelles ils doivent être distants avec ces mêmes détenus. Ils manquent de moyens et de temps pour effectuer leur nouvelle mission de réinsertion.

Ces difficultés et ces contradictions créent de l'ambivalence chez eux. Les gardiens se sentent isolés et stigmatisés par leur rôle fonctionnel au sein du système carcéral et ce sentiment d’exclusion atteint leur image et leur estime de soi. Ce sentiment de rejet affecte aussi leurs relations professionnelles et sociales. L’une des conséquences directes du conflit et de l'ambiguïté de rôles est qu’elle accentue l'orientation disciplinaire des gardiens et même leur tendance à la punition.

C’est vrai que la violence en prison est d’abord la violence de la prison : la privation de liberté, les interdits et les rapports de force qui opposent les détenus entre eux d’un côté et les détenus et gardiens de l’autre… Toutefois il faut aussi relever l’impact négatif de l’ambiguïté des rôles.

La prison a beau être un espace fermé, elle reste, néanmoins, un espace de rapports qui recèlent un système d’échanges et de réciprocité et les exigences du maintien de l’ordre supposent un minimum de pouvoir discrétionnaire qui intègre la coopération des détenus. L’objectif du traitement devrait intégrer un contrôle non punitif des détenus, une discipline détendue et des compétences techniques du personnel.

La conception issue d’un double souci de surveillance et d’éducation suppose un dosage subtil entre la prescription des règles formelles et impersonnelles valables pour tous et en toutes circonstances d’un côté, et la pratique qui se rapporte au caractère dynamique de la relation entre les surveillants et les détenus et à la nécessité de souplesse, d’adaptation et de coopération, de l’autre. Cette conception permettra d’asseoir le maintien de l’ordre et le traitement sur de nouvelles bases qui favorisera, chez les surveillants éducateurs la réhabilitation dans l’exercice de leurs fonctions et chez les détenus plus de chance de bénéficier d’un traitement adéquat, tout en créant les conditions favorables pour l’absorption des conflits par l’apaisement du climat en prison.

Afin d’aider à redéfinir la mission des surveillants éducateurs selon leurs nouvelles fonctions et leurs activités quotidiennes, la formation du métier de surveillant doit intégrer les relations avec les détenus et leur environnement.

En attendant qu’il y ait une véritable prise de conscience de l’importance cruciale de  cette réforme, les associations de la société civile qui  s’investissent dans les champs du poste carcéral, et qui continuent à  mener des actions visant à soutenir les missions de l’Administration pénitentiaire, entendues dans le sens de la préparation à la réinsertion des détenus, ne demandent qu’à prendre le bon relais pour la phase de l’accompagnement.

Association Relais